Michel Brière : tout un été pour sortir les jeunes de leur quotidien

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Michel Brière est animateur milieu sur les sites de Cité des Prairies et de Mont Saint-Antoine, où vivent de jeunes garçons adolescents suivis par le Centre jeunesse de Montréal. À l’approche de l’été, Michel partage avec nous son énergie à faire de la période estivale une période riche en expériences pour ces jeunes aux prises avec de nombreuses difficultés.

« J’ai toujours eu un petit côté « sauveur », un intérêt pour m’occuper des autres et pour la relation d’aide. Je suis le petit dernier d’une grande famille de sept enfants. Mes frères et soeurs étaient tous plus âgés que moi, alors quand ma mère est tombée malade, c’est moi qui me suis occupé d’elle. Même lorsque j’ai rencontré ma femme, nous nous sommes installés dans un logement avec ma mère au deuxième étage. Je me suis ainsi occupé d’elle pendant 12 ans.

À l’origine, j’ai fait des études en urbanisme. Quand j’ai compris que ce n’était pas pour moi, j’ai laissé tomber pour aller étudier en techniques d’intervention en délinquance, à l’âge de 21 ans je crois. Au départ, je pensais me diriger vers le travail de rue, finalement un stage m’a aidé à comprendre que je voulais davantage aller vers l’aide aux adolescents. Je suis arrivé en 1994 au Centre jeunesse de Montréal, après un stage.

Depuis 2013, je travaille sur deux sites : trois jours à Cité des Prairies et 2 jours à Mont Saint-Antoine. Ce fonctionnement est un peu particulier, nous sommes trois personnes « sur un poste », ce qui nous oblige à innover ! Sur ces deux sites, ce sont uniquement des garçons. À Cité des Prairies, ce sont de jeunes contrevenants et aussi des jeunes qui relèvent de l’unité de protection de la jeunesse. Cité des Prairies est donc un environnement qui gère une dynamique de portes fermées. À Mont Saint-Antoine, les portes ne sont pas « fermées ».

Je suis quelqu’un de très organisé et j’utilise cette qualité pour le bien-être des jeunes. Je cherche toujours à développer savoir-être, savoirs et savoir-faire chez les jeunes. Ces jeunes sont dans une unité de vie, nous nous faisons le tremplin entre cette unité de vie et « l’extérieur ».

J’ai le mandat de rassembler les jeunes de toutes les unités, et c’est dans ce sens que les activités d’été sont organisées. La Fondation du Centre jeunesse de Montréal est un partenaire majeur pour la mise en place de ces activités estivales.

J’ai envie de parler de l’activité bootcamp de cet été. Le bootcamp, c’est… un vrai bootcamp ! Il faut s’imaginer un grand terrain, avec une tranchée creusée avec de la machinerie (!), avec la boue dedans et tout ce qu’il y a dans un bootcamp : des barbelés, du feu, des bombes fumigènes, tout ça de façon sécuritaire évidemment !

Avec le bootcamp, on travaille à développer la force du groupe et l’entraide. Ces jeunes ont tendance à abandonner face aux difficultés et en même temps, ce sont des « éponges » dans le bon sens du terme. Le bootcamp développe la relation adultes-jeunes, ça aide vraiment à changer la perception de l’éducateur par le jeune et on voit la différence après l’activité. L’an dernier, les bootcamps ont très bien fonctionné, le seul problème est qu’on a manqué d’aliments pendant un méchoui !

Et puis, je pense aux compétitions de boites à savon. Là on réalise les rêves des petits gars ; ce sont de petites voitures sans moteur que les jeunes bricolent. Ils construisent les boites, les décorent, puis les exposent. Il y a un concours de la plus belle boite à savon et un rallye.

Mon rêve aujourd’hui ? Si je pouvais, je proposerais aux jeunes de vivre davantage de petites expériences de vie « à l’extérieur ». Je pense surtout aux jeunes qui n’ont pas de famille et qui passent leurs fins de semaine dans les centres d’hébergement. La programmation « normale » n’est pas assez stimulante pour eux, alors je travaillerais sur cet aspect.

Il y a des bonnes choses, parfois aussi des moments difficiles. Il y a pas mal de changements en ce moment au niveau du fonctionnement administratif. Il faut aussi comprendre que quand moi, Michel, je monte des activités et projets, j’ai deux clients : le jeune ultimement, mais aussi son éducateur d’accompagnement. Ceci complique un peu les choses, mais on persévère : en 2015, j’ai été deux fois en nomination pour mon travail en animation milieu !

Cette semaine, en marge des coins lecture montés en collaboration avec la Fondation du Centre jeunesse de Montréal, j’ai accompagné un jeune dans une librairie ; il était totalement fasciné. C’est exactement ça : j’ai une latitude pour, parfois, dépasser le cadre « normal ». On veut avoir un impact direct sur chaque jeune. On allume une étincelle, après ça, c’est au jeune d’entretenir et de développer sa flamme. On déclenche, on fait vivre quelque chose au jeune qui va le faire sortir de son quotidien, lui montrer et lui faire vivre quelque chose de nouveau. Cette différence, je la vois au quotidien.

L’an dernier, les jeunes ont eu chacun un t-shirt avec le logo du bootcamp. Et bien, ils l’ont porté tout au long de l’année ! Ça montre qu’il y a quelque chose qui a été semé. Après, c’est à eux de porter tout cela. C’est à eux d’y croire ».