Cristhin, 20 ans

Mon histoire ressemble à celle de Cendrillon… avec les souris et le carrosse en moins. Mais avec l’affreuse belle-mère et le père absent qui fait le choix de sacrifier sa fille, au profit de celle qui la maltraitait. Mon histoire ressemble à celle de Cendrillon. Pourtant, aux douze coups de minuit, ce n’est pas devant le prince que je me suis retrouvée, mais devant la solitude et l’abandon. J’avais 15 ans.

C’est alors que la DPJ et sa Fondation sont entrées dans ma vie pour me sauver.

Je m’appelle Cristhin et je suis originaire de la République dominicaine. Lorsque mes parents se sont séparés, mon père s’est installé au Québec et m’a demandé de venir le rejoindre. Pour moi, c’était une chance inespérée. J’allais avoir un avenir. J’allais étudier, travailler et quitter la pauvreté. J’avais 11 ans.

Malheureusement, les choses ne se sont pas passées ainsi. Dès mon arrivée, la relation avec ma nouvelle belle-mère a été tendue et s’est très vite dégradée. Violence physique, verbale et psychologique… je n’étais pas désirée au sein de cette famille qui comptait déjà trois autres enfants. J’étais de trop.

J’apprenais une nouvelle langue, une nouvelle culture. Je redoublais d’effort pour essayer de plaire, de m’intégrer et de donner tort à ma belle-mère : je n’étais pas une incapable, une bonne à rien. J’allais réussir.

Toute cette discorde a mené à la séparation de ma belle-mère et de mon père. Je l’ai suivi dans son nouvel appartement et nous avons pris un nouveau départ ensemble. Enfin, les tensions s’apaisaient. Enfin, j’avais un père. Mais ce fut de courte durée. Ils ont repris contact et mon père a graduellement déserté notre appartement. À la fin, il ne venait que pour remplir le frigo. Je me réveillais seule, je rentrais de l’école seule, je préparais le souper seule et je passais mes fins de semaine seule. J’avais 14 ans.

Je me souviens du jour de l’An cette année-là. J’ai attendu mon père toute la nuit pour lui souhaiter la bonne année. Je me suis couchée devant la porte de sa chambre, espérant son retour. Au petit matin, il m’a enjambée sans un mot. J’étais devenue invisible.

Pour mes 15 ans, j’ai fait un voyage en République dominicaine, pour célébrer avec ma mère. Il faut savoir que cet âge représente un moment important dans ma culture d’origine et j’étais heureuse de pouvoir célébrer ce passage avec elle.

Pourtant, à mon retour, le pire s’est produit. Ce que je redoutais depuis un long moment déjà –mais que je ne pouvais vraiment concevoir – est arrivé : mon père m’a abandonnée. J’étais à l’aéroport et je l’attendais. On l’appelait sans arrêt. On lui laissait des messages pour lui dire qu’il s’était sûrement trompé de journée mais que j’étais là! Qu’il pouvait – qu’il devait – venir me chercher. Aucune réponse, aucun retour d’appel.

Les services de sécurité puis la police s’en sont mêlés. Ils sont allés à l’appartement de mon père lui dire que je l’attendais. Mais il n’y était plus. Durant mon absence, il avait déménagé. Il m’avait définitivement sortie de sa vie. J’avais 15 ans.

On m’a donné un choix. Soit je retournais en République dominicaine de façon définitive, soit j’étais prise en charge par la DPJ et j’allais en famille d’accueil. Malgré le choc et ma peur d’être rejetée à nouveau, je ne pouvais me résoudre à accepter que tout le travail que j’avais fait depuis mon arrivée au Québec ait été inutile.

J’ai essuyé mes larmes, j’ai mis de côté tout le mal qu’on m’avait fait, j’ai relevé mes manches et j’ai décidé de rester. Heureusement, la famille qui m’a accueillie était pleine d’amour et a cru en moi. Les intervenants et les éducateurs de la DPJ m’ont aidée à faire confiance à nouveau aux grandes personnes et à croire en mes capacités. Je n’étais pas un déchet que l’on pouvait jeter et j’allais le prouver! J’allais réussir à me tracer un avenir.

J’ai quitté la classe d’accueil et j’ai été admise dans une classe régulière en 3e secondaire. Malgré mes craintes de ne pas réussir à suivre toutes les matières, j’ai réussi au-delà de mes attentes… même les mathématiques!

J’avais des amies, je faisais du volleyball et je réussissais en classe. Restait maintenant à découvrir ma voie et à vivre cette délicate transition vers la vie adulte lorsqu’on est un enfant de la DPJ. À ma majorité, je ne pouvais plus rester dans ma famille d’accueil, je devais me débrouiller avec tout ce que la vie adulte implique de factures, de dépenses et de responsabilités. J’avais 18 ans.

Après quelques tentatives pour trouver ma place, j’ai loué un appartement avec une amie de volleyball et je me suis inscrite en technologie de médecine nucléaire. Je voulais prendre soin des gens, leur apporter un peu de douceur et d’humanité, tout en faisant un travail qui demande énormément de précision. Une précision toute mathématiques!

Je pensais qu’enfin la vie avait décidé de m’offrir une pause d’épreuves. Pourtant, en décembre dernier, la santé m’a fait défaut et a entraîné de lourdes séquelles avec lesquelles je vis encore. Une bactérie s’est logée dans mon œil. Le traitement intensif a fait des ravages considérables sur mon corps durant des mois. Mais malgré la maladie et les nombreux effets secondaires des médicaments, j’ai continué à étudier. C’était pour moi, la seule voie possible pour me dessiner un avenir.

La pandémie s’est ajoutée à la maladie. Le moins qu’on puisse dire c’est que le printemps dernier m’a amené son lot de défis! Pourtant, dans toute cette noirceur, une petite lueur s’est dessinée à l’horizon. Fragile, mais présente. Celle du retour de mon père dans ma vie qui a décidé de prendre soin de moi. Pour de bon cette fois. Bien que cette relation soit fragile, je vois ce retour comme un nouveau départ. Bien que je sois pour le moment prudente, je ne suis pas déçue.

Malgré toutes les difficultés de mon histoire, les moments terribles et la solitude que j’ai vécue, à partir du moment où la DPJ est entrée dans ma vie, je n’ai plus été seule. Ma famille d’accueil, mes éducateurs et la fondation étaient là pour moi. Vous étiez là pour moi, chers donateurs.

Tout au long de mon difficile parcours, vous étiez là pour me soutenir. Comment? En payant mes études, mes activités parascolaires et plus récemment, en payant mes papiers pour devenir citoyenne canadienne. Vous avez été présents et je peux enfin dire que je n’ai pas fait tout cela en vain. Je m’appelle Cristhin. J’ai 20 ans et j’ai réussi!