Francis, 17 ans

« Je m’appelle Simon. Depuis une dizaine d’années, je suis intervenant au Mont Saint-Antoine∗. Francis était au Mont parce qu’il faisait de terribles colères qui l’empêchaient de fonctionner et d’apprendre. À 13 ans, Francis avait déjà un retard scolaire important. 

En plus d’être éducateur, je suis musicien à mes heures. Dans l’unité où je travaille, il y a plusieurs guitares qui « traînent » et je donne des cours aux garçons qui me le demandent. Francis n’avait jamais gratouillé de guitare. J’étais donc sceptique quand il m’a demandé de lui donner des cours. 

Francis pratiquait assidument et en redemandait. Rapidement, il m’a demandé de lui montrer des pièces classiques. En quelques mois, l’élève était en voie de dépasser le maître. Un jour, il m’a demandé de lui trouver un « vrai » professeur. J’ai pensé à Luc. Avec ses études doctorales en guitare classique, il devrait être en mesure de le contenter. 

Luc avait quitté le monde de la musique. Il a quand même accepté de prendre ce jeune sous son aile, parce que je le lui demandais. Mais pour pouvoir travailler avec Luc, Francis devrait d’abord accepter d’apprendre à lire la musique, de pratiquer encore plus sérieusement et de faire du solfège. Il a fallu quatre mois à Francis pour décider de s’engager. Il ne revint pas sur sa parole et progressait à vue d’œil. Francis avait pris Luc comme modèle et celui-ci jouait son rôle avec attachement et sérieux. 

Aujourd’hui, Francis a 17 ans. Il pratique toujours avec Luc et joue aussi de la guitare électrique. Il a rattrapé son retard académique et prépare son inscription au cégep, en musique. On se téléphone régulièrement. Depuis un an, il est de retour chez sa mère.



Et les terribles colères ? Elles ont disparu le jour où Francis a mis la main sur un manche de guitare. »

∗ Le Mont Saint-Antoine est un milieu de vie où peuvent résider jusqu’à 165 garçons âgés de 12 à 17 ans. La majorité de ces adolescents fréquentent l’école à même le Centre. Les autres vont dans des écoles de quartier.